L’archéologie ne s’est pas toujours comportée en allié loyal de la spiritualité éclairée. Depuis ses balbutiements au 18ème siècle, elle véhiculait jadis une image déformée de nos ancêtres éloignés et plus proches. Pour bien des monuments, les fouilles ont été une vraie catastrophe. Plus “chasse au trésor” que quête de connaissance, elles démolissaient tout sur leur passage, et ceci sans même laisser d’écrits sur les observations faites, quand il y en a eu.

 

Sous l’influence des textes bibliques, pour partie du moins, l’échelle de temps s’est vu raccourcir dans des proportions considérables. Une préhistoire remontant 10.000, 100.000, voire 1.000.000 ans, était chose impensable. Les mégalithes, rajeunis de quelque 4000 ans, étaient censés être des temples des Druides, à qui, largement sur la foi des écrits de l’ennemi romain, on imputait des mœurs sauvages, exécrables. C’était des lieux diaboliques, maculés du sang des sacrifiés, dont il s’agissait souvent de faire disparaître les traces, faute de pouvoir les christianiser.

Cependant, malgré l’obscurantisme qui étrangement prévalait encore en la matière en plein Siècle des Lumières, quelques indices ont laissé présager des rapports mutuellement bénéfiques qu’auraient un jour l’archéologie et la spiritualité. En Angleterre, John Aubrey s’intéressa le premier en tant qu’archéologue, aux monuments hors pair que sont Stonehenge et Avebury. Et il avait, comme ami proche, William Stukeley, second Chef choisi du premier groupement issu de la renaissance du druidisme, à savoir le Most Ancient Order of Druids, fondé peu avant par John Toland.

Il a fallu attendre pratiquement le 20ème siècle pour que l’archéologie adopte des méthodes véritablement scientifiques mettant en œuvre l’observation et l’analyse rigoureuses, s’aidant progressivement des technologies émergentes. Concernant la datation, par exemple, à celle reposant sur la seule typologie des artéfacts et des constructions est venue s’ajouter la technique de datation au carbone 14. Mais cette science restait encore trop souvent empreinte d’une pensée réductrice. Elle se limitait généralement aux questions de “quoi ?”, de “quand ?”, et éventuellement de “par qui ?”. Elle a tout de même, chose cruciale, permis d’élaborer un cadre chronologique réaliste pour la préhistoire, dont on avait fini par s’apercevoir de toute l’étendue.

 

Des dimensions essentielles manquaient néanmoins à cette vision du passé de l’humanité : aussi d’autres problématiques ont-ils vu le jour. Ayant, au préalable, abordé la question de “comment ?”, le nouvel archéologue se met depuis peu à s’interroger sur le “pourquoi ?”. Voilà, enfin’ la question clef, celle qui ouvre toutes les portes (à condition, bien sûr, d’oser les pousser !)—car celui qui se la pose, tout scientifique moderne qu’il soit, accepte de se glisser dans la peau (et sous les peausseries) de ses prédécesseurs, et ce faisant, efface l’abîme qui semblait le séparer d’eux, rétablit le respect, et retourne l’homme dit “primitif” au statut d’être pensant à part entière, confronté aux mêmes interrogations métaphysiques que nous, et qui les abordait avec autant de bon sens et de perspicacité que nous, et sans doute moins de partis pris.

 

Ainsi, les temps ont changé. Un vent nouveau souffle sur nos sociétés occidentales post-modernes. L’archéologie, en modifiant son optique, fournit à ceux toujours plus nombreux qui, tel le Druide d’aujourd’hui, recherchent dans leurs racines des repères essentiels pour une spiritualité débarrassée de dogmatisme et fermement ancrée dans la nature, les éléments concrets qui leur manquaient. Sur un chantier de fouilles, l’archéologue néo-païen a la chance de vivre une expérience unique. Travaillant plongé dans un état méditatif perpétuel, il est en symbiose, touchant son héritage, qu’il reçoit des anciens en partage, à la fois des mains, de l’esprit, et de l’âme.