Lumière

Je pose mes mains au sol et je ferme les yeux
O toi ma Terre, O toi ma Mère

Emporte moi !
Engloutie moi !
Laisse moi me lover
Dans le creux de ton ventre.
Laisse moi m’endormir
Dans ton obscurité.
Laisse moi me nourrir
De ta douce chaleur.
Laisse moi oublier
Toute la folie des hommes.

Mon corps régénéré, mon âme reposée
Je me relèverai et je pourrai marcher
Les bras tendus
Vers ta lumière

 

 

 

 

Saille

 
Qui es-tu ?


Qui es-tu jolie brune
Qui dans des temps anciens
Dans ce monde des rêves
Le visage caché
Par la torche enflammée
M’a prise par la main.

Qui es-tu jolie brune
Prêtresse en robe blanche
Douce sœur dans la nuit
Qui guide mon chemin
Dans le temple sacré.

Qui es-tu jolie brune
Qui dans ces temps nouveaux
Le sourire apaisant
Et le cœur rayonnant
M’a prise par la main.

Qui es-tu jolie brune
Prêtresse en robe blanche
Douce sœur, chaque jour
Qui guide mon chemin
Dans le cercle sacré.

Qui es-tu jolie brune
D’hier et d’aujourd’hui
De la nuit et du jour
Sœur de l’infini

Saille

Sous le dolmen

Dressée à l’entrée, à la porte
du dolmen dont elle fait jambage,
la Gardienne, seins en pointe,
d’un regard éteint de son visage
sans traits, dépouille les chairs,
décharne les os,
dénude les âmes.


Et les âmes surnagent, elles planent,
coulant sur un lit d’ossements disloqués, broyés, dans ce dolmen, moulin/alambique à extraire l’essence de vie.
L’air y est dense, pesant, en courant d’une exquise langueur, indécelable mouvement.

La chambre se serait-elle agrandie,
ceignant entre ses orthostats galaxies,
espace intersidéral, univers, l’infini ?
Les lois de la physique s’étiolent,
renoncent à leur rôle.
Le parcours est sans control.


À l’instant ultime, se devine une porte,
exutoire, porte de sortie,
porte fausse, en porte-à-faux,
qui débouche sur la pierre, sur l’impasse.
Mais voilà que la roche s’est raréfiée :
Entre ses molécules un tel espace
que les âmes s’envolent, épurées,
par les interstices, aspirées,
entraînées dans une spirale ascendante
qui les ramène à la vie, aux vies
— à nos vies.

Gytha

 

La Mer


La Mère est le ventre de l'enfant
La Mer est le ventre du monde

Et moi devant ma Mer
Je redeviens l'enfant
Qui découvre le Monde

Et qui demande sans cesse
Dis moi pourquoi
Dis moi comment
Dis moi ..... dis moi

Et dans le son des vagues
Et la brise légère
Des bribes de réponses .......

 


Saille

 

Sydhe

Une porte s’est ouverte
Dans la lande déserte,
Par le vent balayée.
Elle s’est entrebaîllée.

Une ombre dans la nuit
A surgit sous la pluie
Le temps s’est arrêté
Dans un silence troublé.

Elle s’est glissée vers moi
M’a prise dans ses bras
Enveloppe de douceur
M’a réchauffé le cœur

J’ai crié dans la nuit
Appelé l’ombre enfuie
J’ai pleuré, j’ai prié
Pourquoi ai-je demandé

La porte s’est refermée
Sur l’ombre évaporée
Ton souvenir étranger
Dans mon cœur est resté

Saille

 

Mémoire oubliée


J’ai vu le soleil rouge, irradiant le désert
Et le scarabée bleu priant le Dieu solaire.

J’ai vu les grandes plaines, de neige immaculée
Et le loup blanc, la nuit, à la lune invoquer.

J’ai vu la source claire, jaillir du fond des temps
Et le saumon doré remonter le courrant.

J’ai vu la forêt sombre, et les épais taillis
Tressaillir à l’appel du bel oiseau de nuit.

J’ai vu les grottes sombres, aux entrailles de la Terre
Où l’homme des premiers temps, esquisse la Déesse Mère.

J’ai vu les pierres levées, les dolmens érigés
Les tombeaux oubliés, les temples dévastés.

La mémoire a gravé les stèles de mon cœur,
Les souvenirs enfouis, les moments de bonheur

Et mes yeux ont gardé les paroles de mes sœurs
Les prières, les sourires, et leurs joies et leurs peurs.

Saille

 

Grande Mère, petite mer

Matrice de Terre,
Regard sur la mer,
L a Déesse veille ses enfants morts,
Berce ses morts nouveau-nés,
Au rythme lent des marées.
Les rochers se remémorent .....
De piliers en pierres plates,
De dalles en orthostats
Patiemment graves,
Ils portent son emblème
Sous les métamorphoses sans fin.
Elle habite le dolmen,
Sa presence le tient

Elle est le dolmen,
Son corps est le lien
Entre passé et avenir,
Scandant le même thème.


Sa poitrine figure un bouclier
Ses mamelles en creux, alignées;
Elle est la Laie allaitant ses porcelets
Qui materne les âmes goulues d'éternité.

Ailleurs, illuminant la roche, sa forme se multiplie.
Un noyau croît par mues successives, atteignant le paroxysme.
Réitération, réverbération, régénération, à l'infini.
Un bourgeon, et le cycle recommence, inlassablement,
En image miroir, voire partout à la fois, enchevêtrement.
Elle dit, "je suis Celle qui grandit, irrépressiblement.
Refusant les contraintes, j'annule toute contradiction.

 

Laquelle n'est qu'illusion, que mimétisme.
J
e triomphe de la mort, pourtant de mon essence.
Dans l'invisible je suis manifeste, je donne naissance
je suis Promesse de Vie."

 

Une nuit sans lune, je délaisse quelquefois ma demeure.
C'est la rive qui m'attend dans cette noire volupté.
Mes pieds épousent, légers, les formes des rochers
Et appellent l'écume caressante à la blanche lueur.
Sur le vent flotte l'odeur du varech, âpre et familier.
Dans mon monde immuable, tout est douceur


Gytha

 

Déesse

Par l’oiseau qui s’enfuie
Et m’emporte avec lui
Vers les îles sans retour

Par la source sacrée
Aux berges abandonnées
Qui chante sa tristesse

Par la vie, par la mort
Par les larmes d’amour
Les blessures du cœur

Vers Toi je lève les yeux
Vers ton sourire radieux
Toi, ma douce Déesse

Et je prie pour tous ceux
Qui cherche dans le noir
Les lueurs de l’espoir

 

Saille

 

Scarabée

Tu aimes musarder
Au cœur de la forêt,
Marcher le nez au vent
Dans les sentiers, les champs.

Tu regardes vers moi
Mais tu ne me vois pas,
Tu écoutes tes pas.
Et tu ne m’entends pas.

Bien caché, à l’abri
Sous une feuille tapi,
J’observe ce géant
Qui passe en souriant.

Mon corps noir est luisant,
Et mon ventre aux reflets
Des lueurs du couchant,
S’éclaire de violet.

Depuis les temps anciens
Je croise ton chemin,
Animal vénéré,
Je suis le Scarabée.

Saille

 

Songe

Il me suffit de regarder une feuille, dans le vent osciller,
Un oiseau, un nuage, laisser mes yeux se refermer,
Et mon esprit s’envole.
Il se détache de moi, et dans sa course folle
Emporte aussi mon cœur.

Je reste là, vide et prostrée,
Je les regarde caracoler,
Et je les laisse voyager.

Ils n’ont pas de frontière et ils n’ont pas de temps,
Sans contraintes et légers dans le vent,
Ils me transforment en louve, ou bien en scarabée
Sur moi font déferler la colère de la terre,
Une douce nuit d’été, les hommes et leur folie

Ou bien m’oublient
Tout simplement

Saille

 

 

Lumière retrouvée


A toi mère lumineuse
Regarde mes bras tendus
Que ton sourire réchauffe nos visages
Que ton amour inonde nos coeurs

Que ta lumière, Ô ma déesse
Nous montre le chemin
Qu'elle nous donne la force
De nous surpasser
Qu'elle nous donne la conscience
Et puis l'humilité.

Regarde ô ma déesse,
Regarde mes bras tendus
Bois mes larme de joie
Bois mes larmes d'amour

Regarde Ô ma déesse
Regarde ton enfant
Enfin sortie de l'ombre,
Et qui tourne son visage
Vers ta lumière retrouvée

Regarde Ô ma déesse
Regarde tes enfants


Saille

 
Je suis ……

Je suis torrent fougueux qui dévale les pentes,
Rivière aux doux reflets,
Vers moi tu tends la main
Pour cueillir mon eau fraîche.

Je suis source sacré,
Nichée au fond des bois,
Vers moi tu tends la main
Pour te désaltérer.

Je suis vague d’écume,
Qui fracasse la falaise,
Vers moi tu tends la main
Comme pour te protéger

Je te donne la vie
Mais méfie toi humain
Car si tu me défies
Je te donnerai la mort
Et je t’engloutirai

 

 

Saille

 

Passage de nuit

 

Lune à ma fenêtre croissant dodu,
Je te balancerai au creux de ma main,
Mais tu es empêtrée dans les nasses,
Branches de saule, tentacules,
Et tu fais fi De mes insomnies

Rouvrant les yeux je te revois;
Tu atteins un croisillon déjà,
Et puis un autre.
L'horloge fragmente les heures de nulle part.
Toi seule est mobile - car tu vogues

 

Lune-voile, le vent se lève,
Entre Cornouailles et Irlande,
Mât fiché dans l'étoile polaire,
Embruns de nuit sur mon visage -
Exhalations de Formores,
Grincements de cordages.
Je m'affale sur mes balots, lestée de souvenirs.
Les bruits s'estompent et tout glisse,
Comme la proue du navire qui fend les flôts.
Il ne reste plus à présent,
Que le bercement lent, lent,
Pourvu seulement que je l'atteigne,
La neuvième vague.

Gytha

 

Oeil de pierre

 

Le menhir projette son ombre
Sur l'herbe sèche piétinée.
je m'adosse et entame mon vigile.
Paupière closes, le champ moissonné
N'est plus qu'un lac de sans,
Un feu à senteur de blé.

Attente

 

L'orbite aveugle de la pierre,
Vide, scrute le ciel vide -
Point de lumière
Dans cette pupille opaque -
Mire un instant le trait noir
D'un corbeau qui plane.
Pierre, sable creusé d'un lointain rivage,
Sculptée par le flux et le reflux,
Figée, puis dressée,
Grès se souvenant de leau.

Attente



Papillon rouge et noir sur fond de coquelicot
Q u'un souffle d'ai rfait vaciller.
Dans un recoin de mousse
Un escargot s'est abrité.
C'est ailleurs que se fait
Le travail des hommes.
Ici tout est statique -

En attente,

 

Sauf le soleil,
Qui poursuit, imperturbable sa trajectoire.
L'ombre s'étale, recouvre le sentier.
L'oeil s'ourle de rouge, puis lentement s'emplit.
Enfin, la pierre Voit,
Et le soleil Voit au travers de la pierre,
Et le monde s'illumine de cette conjonction,
Recevant en son sein ce rayon,

L'Inspiration.


Gytha

 

Le Noeud
je suis le Noeud.

Je relie toute vie dans mes entrelacs
De l'Homme jusqu'au cancrelat,
Changeant sans cesse de guise.
Regarde, comme je me deguise !

En permanente metamorphose,
je suis chimère fait de toutes choses,
Savourant les juxtapositions incongrues
Où l'hétéoclite se mue en continu.

Quel sera mon aspect aux temps prochains ?
Disposerai-je en tore mes liens ?
Dans mes spires ferai-je vriller,
Embobinés,

Rossignol & tournesol,
Doryphore & sycomore,
Porc-epic &basilique,
Colibri &patchouli,
Orang-outan & cormoran,
Hirondelle & coccinelle,
Coleoptére & pomme de terre,
Libellule & tarentule,
Volubilis & cannabis ... ?

Je suis le Noeud-

Serpent qui se mord la queue!

Gytha

 

Incantation

j
Je suis le chasseur, je suis la proie,
Dans l'immensité de la nuit hivernale.
La course effrénée à travers bois
Le cri de la meute qui glace le sang
Résonne parmi les troncs dressés
Coeur palpitant, haletant, poil hérisssé,
Je suis le Cornu.

Je suis la lame tranchante du sacrifice,
Et celui immolé pour la vie de sa tribu,
Dans la perfection du corps et de l'esprit.
L'arbre fendu, la sève répendue.
Qui pleurera pour moi des larmes de sang ?

Je suis la blessure qui guérit,
Et le soc araire perçant la glèbe,
Terre des hommes, sillon profond qui fructifie. Volupté.
L'épi engrangé, graine de Vie.

Je suis le champ labouré,
Ventre de la Terre,
L'ultime refuge : tièdeur, oubli.
De mes seins jaillissent deux rivières,
Rouge et blanche qui ceignent le monde.

Je suis aussi le noir de l'abîme,
Dans mes eaux souterraines,
Se mirent les étoiles que j'enfile
Comme les perles de mon collier.

Regarde-moi
Au fond de mes yeux éteints,
Qui te regardent, ne te voient point,
A ta gauche je suis debout,
Devant la porte du Nord,
Celle de l'Autre Monde,
Des autres mondes,
Royaumes sans soleil.

Je suis la fin et le début :
Au centre de la spirale suspendue,


Le point immobile où le temps s'arrête.

Gytha

 

Monde insensé

 

Je suis le Soleil bleu,
Qui brille dans la nuit.

 

Je suis la Lune jaune,
Qui réchauffe les jours.

 

Je suis la Rivière verte,
Qui emporte les pleurs.

 

Et je suis l'Arbre rouge,
De mon écorce nue,
Perlent larmes sang,
De la folie des hommes.

 

Je suis la Neige sombre,
La noirceur de ce monde,
Qui fond tout doucement,
S ur le regard aveugle,
De mes nuits blanches.

Saille

 

 Premier Outil


Que raconte le vent du désert ?
Que susurre-t-il le soir tombant
Sur ses sables déferlants ?
Le souvenir de l’Eau.


Le ruisseau chante,
scintille sous le soleil,
module, musique minimaliste,
joue de ses galets multicolores,
vire son sable en paillettes d’or.


Dans l’ombre d’un buisson
une ombre floue glisse sans bruit,
se fige, fasciné, fixe interdit
ce jeu de lumières moirées,
débauche de couleurs.


L’ombre s’allonge,
l’image se brouille,
le sortilège rompu.


Une main poilue,
malhabile, plonge,
saisit, puis se retire,
tenant prisonnière
la Pierre.

À l’homme d’avant l’Homme :
Homo habilis

Gytha

 

Une
étincelle,
la première brindille
prend (je souffle doucement),
mais le vent froid, lui, veut contrer.
(je l’abrite entre mes mains en coupe). Timide
lueur dans l’obscurité, si fragile (je le nourris de
feuilles sèches). Première fumée, bouffée de brume odorante.
La flamme claire gagne de proche en proche, envoie ses messagers.
Il crépite dans les branches mouillées (terreuses, restes de champignons).
Dans son foyer primitif, son cœur se met à battre, il respire, ne craignant plus
la bise, à peine s’il vacille. Et c’est là que toute la construction s’enflamme (je tends
mes doigts transis - à cette chaleur douce et caressante). Dans les bas fonds les premières
braises virent au rouge, des étages successifs s’effondrent (j’agence alors en pointe les premières
bûchettes). Des essaims d’étincelles s’élancent dans le noir, débridées, et le souffle du feu se fait rauque.
Maintenant il règne en maître ; saisissant, transmuant, il fait son œuvre : il façonne sa demeure toute en
chambres incandescentes, couloirs interminables, toute une architecture en trompe-l’œil (fascinée je fixe
cette fournaise, formes naissantes, s’évanouissantes). Comment assouvir son appétit vorace ? Est-ce
toute une forêt qu’il convoite en vérité ? Mais non, il sait, cette fois-ci, être sage, pour peu que je
l’entretienne un peu, rajoutant à son édifice, à l’endroit juste.
(Je l’aime, sachant qu’il est mon ami, exigeant pourtant le respect.
S’il aide la vie, s’il transforme en jour la nuit, il sait aussi la retirer…)


Gytha

 

Invocation au Géant

 

A toi géant de pierre
Gardien de la mémoire.


Toi qui parle sans mots
Aux enfants de la Terre.


Toi que l’on n’écoute plus
Toi que l’on entend plus.


Je me présente à toi
Avec humilité.


Permet moi de toucher
Ton corps minéral.


Permet moi d’y trouver
La mémoire des ancêtres.


Permet moi d’y trouver
L’énergie de la Terre

Saille

Le galet

Qui suis-je ?


Je suis un petit galet, tout rond au fond de l’eau,

J ’offre mon ventre lisse aux rayons du soleil, Et

mon dos au mouvement des vagues,

Réchauffe moi soleil, donne moi la vie,

Berce moi toi ma mer, toi ma mère.

Et je lancerai mes bras vers le ciel,

Et j’enfoncerai mes racines dans la terre,

Dans ma terre,

Et je chanterai le murmure de l’eau

Et m’envolerai dans le vent dans les airs,

Et je serai en paix.

 Saille

 

Songe

Il me suffit de regarder une feuille, dans le vent osciller,
Un oiseau, un nuage, laisser mes yeux se refermer,
Et mon esprit s’envole.
Il se détache de moi, et dans sa course folle
Emporte aussi mon cœur.

Je reste là, vide et prostrée,
Je les regarde caracoler,
Et je les laisse voyager.

Ils n’ont pas de frontière et ils n’ont pas de temps,
Sans contraintes et légers dans le vent,
Ils me transforment en louve, ou bien en scarabée
Sur moi font déferler la colère de la terre,
Une douce nuit d’été, les hommes et leur folie

Ou bien m’oublient
Tout simplement

Saille